JE ME SOUVIENS


Est le titre d’un ouvrage du regretté GEORGES PEREC où celui-ci égrenne ses souvenirs d’une façon parfaitement iconoclaste et dans un ordre décousu, ce qui donne une radioscopie de son époque, une sorte d’inventaire fourre-tout tout à fait mémorable.
Ce livre a été voici quelques années adapté au théatre par l’excellent SAMI FREY sur la scène de l’Odéon, il me semble. SAMI FREY la jouait en pédalant sur un vélo, idée pour le moins originale pour une œuvre tout aussi originale.
J’ai donc eu l’idée de reprendre le principe de PEREC à mon compte pour évoquer ce que j’ai vécu dans l’univers du body et chacune des petites phrases, chacun des gens cités seront autant d’hommages qu’à ma façon je leur rendrais, une manière pour moi de leur dire merci.
Je n’enfourche pas de vélo, je mets juste BOWIE sur la platine comme d’hab’ et m’allume une sèche.


OR DONC

Je me souviens de la première compet’ à laquelle j’ai assisté à Bagneux, c’était une finale ACF. Il y avait PASCAL THOOFT en démo.
C’était plein de mecs super musclés que ce soit sur la scène ou autour de la scéne, dans la salle et backstage. Ca avait un coté irréel, tous ces gens avec des galbes hors norme, c’était étrange.

Je me souviens de MARTINE CADORET et de ses 10 enfants qui me disait-elle répetait ses enchaînements tout en faisant le ménage.

Je me souviens d’un athlète noir qui posait en couple avec sa compagne, affublé d’un slip à paillettes et d’un bandeau du même tissu dans les cheveux.

Je me souviens des cris de Mme HUET la mère de FABRICE HUET, cette adorable bout de femme avait une voix de stentor qui couvrait largement les encouragements des autres. J’avais peur qu’un tel déploiement de décibels ne finisse par gêner son fils quand il posait.

Je me souviens de cette compétition ACF où j’avais eu la malheureuse idée d’exposer mes clichés sur un panneau qui se trouvait être à l’entrée de la salle. Les mecs en partant les arrachaient au fur et à mesure pour les emporter sans payer. J’y étais de ma poche comme d’hab mais sur ce coup-là mon opé malencontreuse a remporté un franc succès. J’ai voulu y voir un hommage à mes clichés.

Je me souviens d’un regard avec JEAN MICHEL qui a suffi pour le faire marrer en plein posing libre alors qu’il était sur scène et moi à la table des juges.

Je me souviens de la syncope d’un pote black d’ALEXANDRE BOGAERT sur scène au tout début de la compet’

Je me souviens que ce même pote black d’ALEXANDRE BOGAERT m’avait commandé des photos qu’il ne m’a jamais rêglées.

Je me souviens de ce premier pas dont c’était la première compétition et qui posait en soufflant, souffrant, ahanant, dont la prestation maladroite était si émouvante.

Je me souviens de cet autre premier pas coaché par son père, la première compet il était completement naturel et avait une très belle ligne. Un an plus tard... il avait doublé de volume toujours sous la férule « bienveillante « de son propre père.

Je me souviens de la première fois où j’ai vu MAX DUDRET au salon Bodyfitness, entre la beauté, la finesse des traits de son visage, le galbe et le look, vêtements et coupe de cheveux inclus, on ne voyait que lui. Ce gars aurait pu faire sans probleme aucun carrière dans le mannequinat. D’ailleurs suite à l’article que j’ai fait sur lui, un styliste de renom l’avait contacté.

Je me souviens d’un photographe obèse dont le pantalon mal ajusté laissait apparaître le bas de ses reins, ce qui donnait un spectacle tout à fait incongru, les athlètes sur la scène et devant eux, à leurs pieds, l’exhibition de ces parties chenues et velues.

Je me souviens des posings lascifs, sensuels et très salsa de MARIO

Je me souviens avoir vu MOMO BENAZIZA et l’avoir photographié au salon du bodybuilding et du fitness quelque temps avant qu’il ne disparaisse.

Je me souviens qu’à une compet’ ils avaient tous eu la mauvaise de choisir la même musique. On avait droit un coup à TITANIC et l’autre à ERA, c’était soit l’un soit l’autre.

Je me souviens la première fois que j’ai vu MIKAEL LOUVEL sur scène avec son bras en moins m’être dit que ce gars-là en avait sacrément dans le froc pour oser se présenter ainsi et aussitôt avoir voulu réaliser un article sur lui.

Je me souviens que MAX m’avait expliqué qu’il avait passé l’été à n’ingérer que de la prot ‘ toutes les deux heures sans avaler quoique ce soit de solide.

Je me souviens d’un vétéran qui m’avait certifié ne pas avoir approché un carré de chocolat depuis dix ans et d’un autre vétéran qu’il faisait deux mille abdos par jour.


Je me souviens de notre déplacement à SAPRI en Italie du sud et de cette compet’ en plein air avec des anglais dont un papy de 70 ans qui faisait encore le grand écart et de la déception de GILLES DEBUS qui a décidé d’arrêter la compet’ ce jour-là et n’a plus touché une haltère pendant six mois.

Je me souviens de m’être trouvé à coté du responsable de la revue TRIBU MUSCU quand il a pris la photo de VARRACHU qui allait devenir la couverture du prochain numéro de son magazine.

Je me souviens que j’avais utilisé un lot de pellicules déficient pour ma première compet’ et de m’être retrouvé avec de gros points blancs incrustés dans le négatif.

Je me souviens avoir pris en photo à Auxerre MICHEL HERNANDEZ le Secrétaire de l’ACF qui comptait reprendre du service en catégorie vétérans et d’avoir aussi réalisé des clichés de son fils ALEXANDRE qui souhaitait devenir mannequin.

Je me souviens que JENNIFER la fille de GILLES DEBUS souhaitait elle aussi devenir mannequin.

Je me souviens des boutons monstrueux sur le visage d’un compétiteur quand il était arrivé sur le lieu de la compétition, compétiteur qui vu son volume et sa définition, allait emporter le toutes catégories.

Je me souviens avoir commencé à douter à cette époque-là.

Je me souviens d’avoir d’un compétiteur italien MICHELE SPERANZA qui était parfait à tous les niveaux, physique, posing et beauté du visage ;

Je me souviens avoir fait l’éloge de L’ELYSEE CLUB de Nancy pour avoir présenté un nombre important d’athlètes, tous classés lors de la même compétition dont le magnifique MIKAEL MARION et d’en avoir été remercié par le responsable de ce club, ce qui est rare dans ce milieu.

Je me souviens qu’un athlète handisport ayant des moyens financiers limités m’avait envoyé de sa région un colis de victuailles pour me remercier d’avoir rédigé un article sur lui.

Je me souviens que c’est ce même athlète qui m’a parlé du dénommé MARTY qui fait beaucoup en body pour les handicapés physiques ou mentaux. Hommage lui soit rendu pour cela.

Je me souviens dans un magasine spécialisé avoir vu le compte rendu d’une compétition où figuraient des athlètes en fauteuils roulants.
Je ne me souviens pas avoir jamais vu une fédération française accueillir des athlètes en fauteuil roulant dans leurs compétitions.

Je me souviens qu’à SAPRI ils avaient tenu à rendre hommage à un compétiteur qui venait de se tuer en voiture quelques semaines auparavant.

Je me souviens avoir lu dans la presse spécialisée qu’ISABELLE ANDRE venait d’accoucher de sa deuxième fille et de lui avoir envoyé aussitôt une carte de félicitations.

Je me souviens que je n’étais pas là le jour où ce compétiteur étranger, de colère d’être déclassé a jeter son trophée sur les juges et que c’est JEAN MICHEL qui me l’a raconté.

Je me souviens que longtemps JEAN MICHEL m’a fait un rapport détaillé de toutes les compets auquelles je n’avais pas pu assister.

Je me souviens de l’article que j’avais promis à ROBERT MOERS et que je n’ai pas fait, encore maintenant, trois ans apres les faits.

Je me souviens d’un mec qui s’était littéralement écroulé backstage victime de crampes hyper douloureuses.

Je me souviens de NASSER refusant d’aller chercher sa coupe à juste titre et ne reparticipant jamais à une seule compétition de la fédé qui l’avait mal jugé.

Je me souviens de cet athlète qui s’est mis au body suite à la mort de sa fille.

Je me souviens de cet athlète qui s’est mis au body pour ressembler aux héros des Marvel comics comme Batman, Dardevil, les X men etc …

Je me souviens de cet athlète qui s’est mis au body pour pouvoir séduire plus de filles.

Je me souviens de cet athlète qui s’est mis au body parce qu’il se trouvait trop maigre.


Je me souviens du posing impeccable de SERGE BUSTREL à Coulommiers et de l’organisation parfaite de sa demi finale ce jour-là.

Je me souviens de la ligne parfaite de M. PRIAT LAMON, de son buste en V, de la symétrie de sa silhouette
C’est un des athlètes qui m’a le plus impressionné.

Je me souviens de cette compét’ où on avait couvert les murs de sacs poubelles déployés pour qu’ils ne soient pas tachés par le tan et de cette autre compet’ à Paris où le tan était carrément interdit, ce qui faisait un effet pour le moins bizarre, inhabituel.

Je me souviens de PIERRE CHIVAT qui comme FABRICE HUET possède une salle de sports en province et se retrouve donc à devoir se préparer tout en entraînant les autres et en donnant des cours, ce qui fait des journées sacrément remplies à la veille de compétition.

Je me souviens de cet athlète qui m’avait expliqué que ce qui semblait considérable comme sacrifice pour un néophyte, l’entraînement, le régime, la fatigue, le stress surtout en période de pré compétition finissait par faire partie de votre quotidien et qu’on y pensait plus guère, que cela devenait comme une façon de vivre pendant un temps limité et que si ça paraissait énorme, cela ne l’était pas tant que ça.

Je me souviens d’enfants jouant devant la scène pendant la compet ‘, de MAXIME GAUTHIER ronflant sur mes genoux à la table des juges après s’être trop dépenser à jouer et à courir.

Je me souviens de JEAN MICHEL délirant avec le ballon de sa fille sur la pelouse au salon du body, ce qui donne la photo mémorable d’un athlète agrippant un gros cœur gonflé à l’hélium.

Je me souviens du nombre de fois où je me suis perdu à vouloir trouver ces putains de salles dans des bleds de province, à croire que plus la salle est cachée et plus les organisateurs sont satisfaits.

Je me souviens d’un gars qui posait en mimant la démarche d’un robot et qu’on entendait au départ le battement d’un cœur en fond sonore.

Je me souviens dès le début avoir préferé la catégorie premiers pas car je m’identifiais à eux puisque je débutais comme eux, eux, sur la scène et moi devant avec mes boitiers.